Non je n’ai pas tout !

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Ce week-end, j’ai accueilli mon père venant tout droit des îles chez nous. Et, comme d’habitude, il a admiré mon parcours de vie sans failles selon lui. Il le sait mieux que personne : j’ai eu une adolescence horrible. Qui a forcément influencé mes choix, mon caractère et ma perception de la vie. Sauf que je ne m’estime pas plus « méritante » qu’une autre. Sur quoi se base-t-il pour dire que j’ai la chance d’avoir tout ?

La notion du bonheur est subjective :

Pour la grande majorité de mes proches, j’ai réussi ma vie : j’ai un mari, un enfant, un poste à responsabilités et un appartement dans un quartier chic. Sauf que, ce n’est qu’une façade de l’iceberg et je n’ai jamais souhaité toutes ses étapes dans ma jeunesse.

La réussite est propre à chaque personne et je suis toujours fière de moi en toutes circonstances. Il faut arrêter avec tous les critères sociaux qui nous dictent que nous avons réussi ou pas notre vie.

Souvent quand j’évoque mon envie de rentrer à la Réunion, mes proches me disent : « non, mais en métropole c’est mieux il y a plus de choses » ou encore « tu ne vas pas laisser tout ce que tu as en métropole pour venir vivre ici« . Sauf que les gens qui me disent cela ils sont bien au chaud sur l’île et ne vivent pas le manque que je ressens.

C’est un choix personnel et un désir qui n’est ni matériel ni familial. Certains rêves prennent plus de temps que d’autres à se réaliser et cela ne nous empêche pas d’apprécier l’instant présent sans perdre de vue son objectif final.

J’estime que l’on est bien là où l’on est. L’essentiel c’est d’avoir ma famille près de moi, peu importe où nous sommes. Le bonheur s’alimente, se déconstruit, parfois on doit recommencer. Alors non, je ne serai pas malheureuse si je rentre chez moi. Cela ne gâchera pas mon parcours parce que ce que j’ai ici : je peux l’avoir n’importe où.

Je ne suis pas un modèle :

Je déteste entendre que je suis un exemple de force, de courage ou pire de réussite. J’aurais aimé ne jamais avoir à vivre ce que j’ai vécu et je ne le souhaite à personne même pour être heureuse après.

Il faut arrêter de dire que la vie est faite de sacrifices : elle faite d’épreuves et d’obstacles, mais pas de sacrifices.

Mon histoire est singulière, propre à moi et à mes embûches. Je ne dirai pas à ma fille que pour avoir ce qu’elle veut il faut qu’elle souffre : il faut travailler dur certes, mais pas forcément souffrir.

Nous sommes en 2020, cette époque où il faut forcément trimer pour avoir ce que l’on veut est révolue. Il y a d’autres angles de vue possible lorsque l’on rencontre des difficultés et nous pouvons affronter cela sans souffrir le martyre.

J’espère que mon parcours atypique n’est pas un exemple à suivre et je ne m’en suis jamais servi pour avancer. Parfois, j’aurais aimé ne pas me relever tout de suite, j’aurai aimé un peu de légèreté et d’insouciance. Sauf que ce n’était pas possible. Alors quand j’entends souvent mon père dire que mes souffrances n’ont pas été vaines, je crois qu’il aurait préférable de ne pas souffrir pour mon âge.

Avec le temps, j’ai lâché prise. Ma colère a disparu, je ne me considère pas comme « une rescapée ». Si je devais changer quelque chose : je n’y changerai rien. J’ai mis du temps avant de ne rien vouloir modifier et ce n’est pas ce que j’ai eu qui m’a apaisé. C’est un travail de longue haleine, de plusieurs années de dérive vers le tunnel de la résilience.

La chance se provoque :

Tout ce que j’ai eu dans ma vie, je l’ai provoqué. Jamais je n’ai attendu : toujours, j’ai tenté . Qu’avais-je à perdre ?

Je crois que pour réaliser nos plus grands rêves il faut oser faire de grands sauts. Il arrive parfois que l’on tombe dans le vide. Je ne dirai pas que l’on s’en sort indemne, mais on s’en sort quand même. Il y a des choses qui demandent quelques bousculades, de sortir de cette zone de confort qui délimite parfois nos actions. Ce que je possède aujourd’hui ce n’est pas le fruit du hasard et cela ne me définit pas. Je peux tout perdre demain, mais je n’aurai pas peur de tout recommencer.

Rien n’est acquis et rien n’est figé. Je crois que l’on peut avoir « tout » selon ses propres règles. Personne ne peut définir à notre place ce qui est bon pour nous. Je suis contre ces paliers à franchir que l’on nous fixe, comme des échéances obligatoires.

La plus grande leçon que j’ai tiré de mon parcours c’est bien que rien ne nous appartient vraiment et que l’on peut tout perdre en un instant.  Alors, je considère avoir l’essentiel pour être bien dans ma vie. Je ne sais pas si c’est tout, mais c’est suffisant.

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